Vous devez rédiger une convention BIM pour un projet et vous ne savez pas par où commencer ? Ou vous en avez vu passer qui faisaient 80 pages sans rien dire de concret ? Ce guide est pour vous.
Qu’est-ce qu’une convention BIM ?
La convention BIM (ou protocole BIM) est le document de référence qui définit comment le BIM sera mis en oeuvre sur un projet. Elle répond à trois questions :
- Quoi — quelles informations sont produites et échangées
- Comment — avec quels outils, quels formats, quelles règles
- Qui — qui fait quoi, qui valide, qui coordonne
Sans convention BIM, chaque intervenant travaille dans son coin. Les maquettes sont incompatibles, les données incohérentes, et la coordination impossible.
Les 3 documents clés de l’ISO 19650
L’EIR (Employer’s Information Requirements)
C’est le cahier des charges BIM rédigé par le maître d’ouvrage (ou son AMO). Il définit :
- Les objectifs BIM du projet (coordination, quantitatifs, exploitation, DOE numérique…)
- Les niveaux de détail attendus par phase (LOD 200 en esquisse, LOD 350 en exécution…)
- Les formats d’échange (IFC, natif Revit, COBie)
- Les exigences de sécurité et d’accès aux données
Un EIR bien rédigé, c’est 80 % de la coordination BIM réussie. C’est le document que je recommande toujours de travailler en premier avec mes clients.
Le BEP (BIM Execution Plan)
La réponse des prestataires à l’EIR. Le BEP décrit concrètement comment l’équipe va travailler :
- Organisation de l’équipe BIM et responsabilités
- Logiciels et versions utilisés
- Système de coordonnées
- Conventions de nommage
- Workflow de partage et de validation
Le CDE (Common Data Environment)
La plateforme de partage unique avec 4 états de validation :
| État | Signification | Qui y accède |
|---|---|---|
| Travail en cours | L’équipe produit, pas de partage | Lot seul |
| Partagé | Visible pour coordination | Tous les lots |
| Publié | Validé, utilisable | Tous + MOA |
| Archivé | Contractuel | Tous |
Structure type d’une convention BIM efficace
Voici la structure que j’applique sur mes projets. Elle est adaptable selon la taille et la complexité du projet.
1. Contexte et objectifs
2 pages max. Pourquoi le BIM sur ce projet ? Quels sont les cas d’usage prioritaires ? C’est la boussole du document.
2. Rôles et responsabilités
Qui est BIM Manager projet ? BIM coordinateur par lot ? Qui valide les maquettes ? Qui gère le CDE ? Chaque rôle doit avoir un nom et un contact.
3. Conventions de nommage
Le socle de la collaboration. Sans nomenclature partagée, pas de coordination possible.
Exemple de convention que j’utilise :
[Phase]-[Lot]-[Bâtiment]-[Discipline]-[Type]
PRO-STR-BAT01-ARCHI-Maquette.rvt
EXE-CVC-BAT01-CVC-Maquette.rvt
4. Gabarits et bibliothèques
Configuration des gabarits Revit : unités, niveaux, quadrillages, paramètres partagés. Bibliothèque de familles validées mise à disposition de tous les lots.
5. Matrice des livrables
Un tableau qui croise phases × lots × formats × niveaux de détail. C’est la pièce contractuelle centrale.
6. Workflow de coordination
Fréquence des réunions de synthèse. Processus de détection et résolution de clashs. Outils de collaboration (BIMcollab, Navisworks, Solibri).
7. Contrôle qualité
Checklists par phase. Fréquence des audits. Critères de conformité. C’est ce qui transforme la convention d’un document théorique en outil opérationnel.
Les 4 pièges à éviter
Copier-coller une convention d’un autre projet. Chaque projet est différent. Une convention de 80 pages récupérée d’un projet hospitalier ne convient pas pour un entrepôt logistique.
Des niveaux de LOD irréalistes. Exiger du LOD 400 en esquisse, c’est gaspiller du temps et du budget. Le LOD doit correspondre aux besoins réels de chaque phase.
Pas de contrôle en cours de projet. Une convention sans audit régulier est un document mort. Les erreurs de modélisation s’accumulent vite si personne ne vérifie.
Trop de jargon, pas assez de concret. La convention doit être comprise par tous les intervenants, y compris ceux qui ne sont pas des experts BIM.
En résumé
La convention BIM n’est pas un exercice administratif. C’est votre outil de pilotage principal. Bien rédigée, elle évite 90 % des problèmes de coordination. Mal rédigée (ou absente), elle laisse la porte ouverte aux incohérences, aux litiges et aux surcoûts.