La détection de clashs est au coeur de la coordination BIM. Mais trop souvent, elle se résume à “lancer un test Navisworks et envoyer le rapport par email”. Résultat : des milliers de clashs non triés, des équipes perdues, et aucun problème réellement résolu.

Voici la méthodologie que j’applique — testée sur des projets allant jusqu’à 7 bâtiments et 60 maquettes.

Pourquoi la détection de clashs est critique

Chaque clash découvert en conception coûte 10 à 100 fois moins cher qu’un clash découvert sur chantier. Sur un projet aéroportuaire que j’ai coordonné :

  • 2 400 clashs détectés en synthèse
  • 1 800 résolus avant démarrage chantier
  • 0 clash critique sur site
  • Coût évité estimé : 150 à 200 k€

C’est l’argument ROI le plus concret du BIM pour un maître d’ouvrage.

Les 3 types de clashs

Clash dur (Hard Clash)

Deux éléments au même endroit. Un tuyau qui traverse une poutre sans réservation. Le plus visible, pas toujours le plus critique.

Clash souple (Soft Clash)

Distance de dégagement non respectée. Un robinet de maintenance à 20 cm d’un mur alors qu’il faut 50 cm pour y accéder. Plus subtil, souvent plus impactant en exploitation.

Clash de workflow (4D Clash)

Deux interventions planifiées au même moment au même endroit. Nécessite la coordination planning + maquette.

La méthodologie en 6 étapes

Étape 1 : Matrice de coordination

Avant tout test, je définis une matrice qui croise tous les lots :

  Structure CVC Plomberie Élec Archi
Structure Oui Oui Oui Oui
CVC Oui Oui Oui Oui
Plomberie Oui Oui Oui Non
Élec Oui Oui Oui Non

Sur un projet complexe, c’est 15 à 20 combinaisons à configurer. Chaque combinaison a ses propres règles.

Étape 2 : Configurer les tolérances

Toutes les intersections ne sont pas des problèmes. Je configure des tolérances par couple :

  • Structure vs CVC : 0 mm (aucun conflit acceptable)
  • CVC vs Électricité : 50 mm (distance de dégagement)
  • Faux-plafond vs réseaux : 30 mm

Étape 3 : Lancer les tests et filtrer le bruit

Un test brut génère des milliers de résultats. 90 % sont du bruit :

  • Éléments qui se touchent par conception (mur sur dalle)
  • Clashs internes à un même lot
  • Doublons de détection

Le vrai travail : filtrer, regrouper, et prioriser en 3 niveaux :

  1. Critique — impact structurel ou fonctionnel, résolution immédiate
  2. Important — conflit réel, solution simple, à traiter dans la semaine
  3. Mineur — à surveiller, pas de blocage

Étape 4 : Rapports exploitables

Un rapport de clashs doit être lisible par un chef de chantier, pas seulement par le BIM Manager. Pour chaque clash :

  • Capture d’écran avec localisation (niveau, zone, axe)
  • Description en langage métier (pas en jargon BIM)
  • Lots concernés et responsable de résolution
  • Priorité et deadline

J’utilise BIMcollab pour distribuer les clashs via BCF (BIM Collaboration Format) — chaque lot reçoit uniquement ses clashs à traiter.

Étape 5 : Réunion de synthèse

Les clashs ne se résolvent pas par email. La réunion hebdomadaire réunit les BIM coordinateurs de chaque lot :

  • Revue des clashs ouverts
  • Décision des solutions (qui déplace quoi)
  • Validation des résolutions de la semaine précédente
  • Anticipation des zones de conflit à venir

C’est le moment clé où la coordination passe de la théorie à la pratique. Le rôle du BIM Manager est d’animer et arbitrer, pas juste de présenter des slides.

Étape 6 : Vérification et clôture

Après chaque cycle de correction, je relance les tests pour vérifier que les clashs sont résolus et qu’aucun nouveau clash n’a été introduit par les corrections.

Un clash n’est clôturé que quand il est vérifié en maquette. Pas sur parole, pas sur email.

Les outils

  • Navisworks Manage — détection de clashs, revue de maquette fédérée
  • BIMcollab — gestion des BCF, suivi des issues
  • Solibri — contrôle qualité et règles métier avancées
  • Revit — vérification des corrections, qualité des maquettes

Le facteur humain

La technologie ne fait pas tout. La coordination BIM repose sur la communication entre les lots. Un outil parfait avec des équipes qui ne se parlent pas ne produit rien. C’est pour ça que la convention BIM doit définir clairement les responsabilités et le workflow de communication.